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Introduction – Les réecritures françaises-espagnoles à travers Don Juan

El Burlador de Sevilla y Convivado de piedra (L’abuseur de Séville et le Convive de pierre) écrit par Tirso de Molina est publié en 1630. Tirso de Molina, de son vrai nom Gabriel Téllez, est né le 24 mars 1583 à Madrid et est mort le 12 mars 1648. Il est l’un des plus grands auteurs de théâtre du siècle d’or espagnol. Il est surtout célèbre pour avoir écrit la première pièce de théâtre sur le personnage mythique de Don Juan. Don Juan est inspiré de faits réels, un homme qui a combattu un autre homme pour épouser sa fille. Cependant, il n’était pas question de libertinage, Tirso de Molina s’est seulement inspiré de ces faits pour créer son histoire.

Molière reprend et adapte le texte en 1665. Jean-Batiste Poquelin, surnommé Molière, né à paris le 15 janvier 1622 et mort le 17 février 1673 à Paris à l’âge de 51 ans, est un dramaturge, comédien et chef de troupe de théâtre français qui s’est illustré au début du règne de Louis XIV. Il constitue un des piliers de l’enseignement littéraire en France. Il est celui qui a véritablement fait connaître Don Juan dans le monde.

L’œuvre arrive également en Italie, où il est intégré à la commedia dell’arte au XVII siècle, qui ajoute le thème des mille et trois femmes. Da Ponte en tire un livret que Mozart met en musique, c’est l’opéra Don Giovanni. Wolfgang Amadeus Mozart est né a Salzburg le 27 janvier 1756 et mort à Vienne le 5 décembre 1791, il est compositeur de musique classique. Il a porté à un point de perfection le concerto, la symphonie, et la sonate, qui devinrent après lui les principales formes de la musique classique. Il fut un des plus grands maîtres de la musique classique.

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Mérimée, Byron, Dumas, Baudelaire le reprennent en poésie, Montherlant et de très nombreux autres auteurs, musiciens, metteurs en scène, cinéastes et auteurs de bandes dessinées furent fascinés par ce personnage habile, séducteur et d’envergure qui défie la morale, l’ordre public et Dieu.

Nous nous intéresserons plus particulièrement à l’oeuvre original de Tirso de Molina, El Burlador de Sevilla y Convivado de piedra, et à l’adaption de Molière Dom Juan. Les histoires de ces deux pièces ont une grande similitude, avec beaucoup de personnages en commun, et une chronologie des scènes similaires. Les deux Don Juan se ressemblent et possèdent le même caractère. C’est donc l’histoire d’un libertin qui passe outre les règles et qui séduit et berne grand nombre de femmes et d’hommes. Le libertinage est un mouvement consistant à dépasser les limites de la convenance, à ignorer les lois. Un libertin est un grand séducteur qui fait fi des convenances de l’époque, il se dit libre, ne respecte aucune loi sans toutefois être un hors-la-loi complet. C’est un matérialiste, refusant l’existence d’une puissance divine, et rejetant l’Église. Le libertin s’abandonne aux plaisirs charnels sans se soucier des questions de fidélité. Il est très souvent méprisant envers les autres et emploie beaucoup l’ironie. Il passe également outre l’honneur, la réputation et le sacrifice pour la famille. A l’époque, le libertinage était très mal vu par le pouvoir Royal et l’Église.

Don Juan est également devenu une expression commune : être un «Don Juan» signifie être un mauvais garçon, coureur de jupon, ne s’arrêtant pas de séduire femmes après femmes, et d’enchaîner les aventures. Don Juan est en quelques sortes le «symbole», la référence du libertinage.

Il s’agira donc de montrer comment un personnage littéraire est devenu un mythe, quand est-ce que cette genèse de ce mythe a pris cette ampleur, et pourquoi Don Juan est devenu si connu, à travers les plusieurs réécritures et adaptations de l’œuvre originale de Tirso de Molina. Notre première partie portera donc sur la séduction exercée par Don Juan sur les femmes et les hommes. En seconde partie, nous parlerons de la liberté et du libertinage de Don Juan. Ces deux parties nous montreront pourquoi et comment Don Juan est devenu un mythe, au point d’être même devenu une expression commune.

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Première Partie – Séduction

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Premièrement, voyons comment Don Juan exerce-t-il sa séduction, son charme sur les femmes et les hommes.

 

Sur quels critères se base-t-on habituellement pour déterminer si tel ou tel homme est un séducteur ? Tout simplement sur la réalité de faits, sur le charisme et le comportement, vous diront la plupart de ceux qui convoitent avidement la place de ces séducteurs toujours accompagnés de ravissantes femmes aux courbes avantageuses. Nous pouvons retrouver le caractère et comportement de Don Juan dans la définition de séduction (cf le petit Robert) : «action de séduire, de corrompre (par manœuvre frauduleuse, abus d’autorité ou promesse de mariage) à consentir à des relations hors mariage». De plus, encore plus marquant, nous sommes habituer à considérer le verbe «séduire» comme un verbe mélioratif. Cependant, après une brève recherche dans le petit Robert, nous avons pu constater que c’est en fait un verbe péjoratif : «Détourner (qql) du bien, du droit chemin. Amener (une femme) à des rapports sexuels hors mariage => débaucher, déshonorer. Détourner du vrai, faire tomber dans l’erreur => abuser, égarer, tromper. Convaincre (qqn) en persuadant ou en touchant, avec l’intention de créer l’illusion, en employant tous les moyens de plaire».

 

On pourrait croire que Don Juan recherche essentiellement la satisfaction des sens, mais quand il parle de ses conquêtes, cet aspect des choses n’est jamais envisagé. Il semble que ce qui l’intéresse soit la conquête pour la conquête (il séduit pour séduire). Les femmes sont d’ailleurs considérées comme des objets. Chaque nouvelle femme est une conquête pour lui, il considère comme un défi de la séduire. Nous pouvons prendre pour exemple la scène de séduction de Tisbea dans Tirso de Molina, acte I, scène 16, et citer quelques exemples de réplique visant à séduire Tisbea :

 

«Don Juan : Si tu m’aimais, tu me serais plus complaisante.

Tisbea : Je suis à toi.

Don Juan : Alors qu’attends-tu ? Quelle pensée t’arrête ?»

 

Avec cette dernière demande, il cherche à comprendre quel est l’obstacle qui l’empêche de parvenir à son but, à le comprendre pour le briser et remporter ce défi. Il serait prêt pour cela à dire n’importe quoi, allant jusqu’à mentir et promettre de l’épouser (suite de la scène) :

 

«Don Juan : Ô mon bien, si je vis en toi, je suis prêt à m’engager sur l’honneur : si, pour te servir, il me faut perdre la vie, j’en ferai volontiers l’abandon. Je te promets de t’épouser.»

 

Il envisage la séduction comme un combat (ex : le champ lexical de sa première tirade). Ses armes sont diverses : la flatterie, l’appel à la pitié, la promesse de mariage, le vêtement, l’enlèvement… Mais surtout il donne à chaque personne ce qu’elle désire : Chez Molière, à Charlotte il parle de promotion sociale, aux frères d’Elvire une promotion d’honneur; et chez Tirso de Molina, il lui révèle sa fortune et sa haute position sociale ce qui la rend beaucoup moins hésitante.

 

Mais Don Juan apparaît aussi comme un esthète (personne affecte le culte exclusif et raffiné de la beauté). Dans sa déclaration d’intention, c’est le thème de la beauté qui revient le plus souvent. Il semble alors aussi séduit que « séducteur ». Quelques exemples :

 

Molière, Acte II, scène 2, Don Juan à Charlotte :

 

«Ah ! La belle personne, et que ses yeux sont pénétrants !»

«Ah ! N’ayez point de honte d’entendre dire vos vérités. Sganarelle, qu’en dis-tu ? Peut-on rien voir de plus agréable ? Tournez-vous un peu, s’il vous plaît.
Ah ! Que cette taille est jolie ! Haussez un peu la tête, de grâce. Ah ! Que ce visage est mignon ! Ouvrez vos yeux entièrement. Ah ! Qu’ils sont beaux ! Que je voie un peu vos dents, je vous prie. Ah ! Qu’elles sont amoureuses, et ces lèvres appétissantes ! Pour moi, je suis ravi, et je n’ai jamais vu une si charmante personne.»

 

Même si ici, on peut penser qu’il est un peu dans l’exagération, nous pouvons voir qu’il cherche la beauté, qu’il lui voue un culte et qu’il dévore les belles femmes du regard, rien ne lui échappe. Cependant, ce n’est pas pour autant qu’il leur est soumis.

 

Tirso de Molina, Acte II, scène 22, Don Juan, à propos d’Aminta :

 

«Les yeux sont beaux, les mains fines et blanches… Je brûle déjà !»

 

La séduction telle que la pratique Dom Juan est aussi une fuite en avant : en renouvelant sans cesse une expérience identique, il tente d’échapper au temps qui passe. Ainsi il vit dans un présent éternel. Il ne doit donc jamais se laisser lier, être toujours disponible. Il apparaît insatiable, voire mégalomane (La mégalomanie consiste en la surestimation de ses capacités, elle se traduit par un désir immodéré de puissance et un amour exclusif de soi.).

 

Il sait aussi jouer des contradictions qui habitent chaque individu; les capacités de séduction de Don Juan ne sont pas employées uniquement dans le domaine amoureux : il les utilise également contre Monsieur Dimanche ou pour tenter le Pauvre.

 

Par la suite nous pouvons donc nous intéresser au valet : Sganarelle. En effet, Don Juan le fuit et ne répond pas aux questions que celui-ci lui pose, certes il lui exprime son goût pour les femmes et se confie à lui, mais dès que Don Juan s’aperçoit qu’il s’est laissé aller à répondre aux questions de son valet, Don Juan s’empresse soudain de pousser son raisonnement jusqu’à l’absurde, en terminant sur :

 

«Je me sens un cœur à aimer toute la terre, et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.» Acte 1, scène 2 – Molière

 

Cette démesure toute guerrière peut être lue surtout comme une manière pour Don Juan de parodier son propre discours, et d’annuler de ce fait qu’il ait pu le tenir.

 

Don Juan est un séducteur qui s’emploie à conquérir toutes les femmes qui passent à sa portée : jeunesse, élégance, bonnes manières, assurance, désinvolture, il aime plaire et n’a aucune difficulté à séduire. Toutes ses qualités vont lui permettre d’avoir un certain pouvoir sur les femmes : sur la femme noble, Done Elvire, qui succombe à ses charmes, et sur les paysannes, Charlotte et Mathurine, qui rêvent d’épouser un seigneur et se laissent flatter par le langage de celui-ci.

 

De plus, Don Juan est un trompeur, car, à toutes ses promises, il promet le mariage tout en sachant qu’il ne respectera pas ses engagements. Cette manipulation n’est qu’un appât pour attirer le gibier, car la femme, aux yeux de Don Juan, est un gibier. Une fois attrapée et débauchée, l’objet en question n’a plus aucun intérêt. Pour ne pas enterrer Don Juan sans lui rendre justice, il faut rappeler que les femmes se laissent conquérir très facilement par les atouts qu’il propose. Donc les femmes sont tout autant fautives que Don Juan dans ce jeu interminable de l’amour. On peut le remarquer dans la liaison Dom Juan – Charlotte; Charlotte accepte le mariage avec Don Juan pour sa richesse, sa beauté et son éloquence tandis qu’elle refuse, dans la même journée, la demande de Pierrot.

 

Don Juan est passé maître dans l’art de la ruse et de s’échapper de toute sorte de situation dangereuse. Il réussi ainsi un coup de maître, acte 2 scène 4, se sortant d’une situation très délicate. Charlotte et Mathurine, deux femmes à qui il a fait la promesse du mariage, se retrouvent face à face avec Don Juan. Ce dernier va réussir à embobiner les deux femmes, racontant une fois en chuchotant à l’une que c’est elle qu’il aime, puis ensuite à l’autre que c’est elle qui est la plus belle, et ainsi de suite jusqu’à finir par un long discours où il refera de petits apartés à la fin, puis tirant enfin sa révérence. Les deux femmes pensent que c’est l’autre qui ment, alors que ce n’est que Don Juan qui les abuse. On peut donc citer :

«Dom Juan, bas, à Mathurine. – Ne lui dites rien, c’est une folle.

Charlotte. – Je pense…

Dom Juan, bas, à Charlotte. – Laissez-la là, c’est une extravagante.

Mathurine. – Non, non, il faut que je lui parle.

Charlotte. – Je veux voir un peu ses raisons.

Mathurine. – Quoi ?…

Dom Juan, bas, à Mathurine. – Je gage qu’elle va vous dire que je lui ai promis de l’épouser.

Charlotte. – Je…

Dom Juan, bas, à Charlotte.- Gageons qu’elle vous soutiendra que je lui ai donné parole de la prendre pour femme.

Mathurine. -Holà ! Charlotte, ça n’est pas bien de courir sur le marché des autres.

Charlotte.- Ca n’est honnête, Mathurine, d’être jalouse que Monsieur me parle.» Acte 2, scène 4 – Molière

Dans cet extrait de la scène 4 acte 2, on voit bien qu’au début Don Juan dit à l’une de ne pas écouter l’autre et vice versa, c’est une tentative d’esquiver une conversation qui pourrait s’avérer dangereuse pour Don Juan. Cependant, Mathurine et Charlotte insistent toutes deux pour avoir une vraie conversation. Dom Juan réagit encore une fois très vite et avant qu’elles n’aient pu dire quoique ce soit, leur dit à toutes les deux que l’une va dire à l’autre que c’est elle qui épousera et réciproquement. C’est une prévention qui fait que ce sont les deux femmes qui passent pour des menteuses et non lui. Il se met à la place de la victime.

On peut également relever la scène 3 de l’acte III, dans Don Juan de Molière, avec Dom Carlos. Celui-ci est en effet en train de combattre trois voleurs, et
Don Juan arrive pour l’aider. Dom Carlos finit par se rendre compte qu’il est le Don Juan qu’il doit tuer (scène 4), mais comme il lui doit la vie, il décide de le laisser partir pour cette fois. On voit encore ici la chance incroyable que Don Juan possède.

Encore une fois, dans l’acte IV, scène 3, chez Molière, Don Juan reçoit la visite d’un créancier à qui il doit de l’argent, M. Dimanche. Ce dernier vient pour récupérer son argent, cependant Don Juan ne lui laisse pas le temps de parler et s’enquit de la santé de son épouse, de sa fille, de son fils, et même de son petit chien, lui coupant tout le temps la parole. Il finit par prendre congé de lui toujours très poliment en faisant de grandes civilités et partir.

En conclusion de cette première partie, nous pouvons dire que Don Juan est lui-même la preuve irréfutable du pouvoir de séduction par le langage, mais également grâce à son charme, ses flatterie et sa beauté malgré que les pauvres et les hommes de foie ne se laissent pas séduire. Il est aussi très rusé, usant de son charme pour se sortir des situations les plus délicates. Il est incontrôlable, on ne peut l’arrêter. Il ne pense qu’à séduire les plus belles beautés, qu’elles soient paysannes ou nobles, mariées ou non. Même quand il risque de peu la mort (chez Tirso de Molina : Acte I, scène 12 avec Tisbea – chez Molière : Acte II, scène 2 avec Charlotte), il ne pense qu’à sa prochaine nouvelle conquête. Il ne s’arrête jamais, relevant défis sur défis (car pour lui chaque nouvelle séduction est un nouveau défi), et parvient toujours à ses fins.

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Deuxième Partie – Liberté et libertinage

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Cela nous mène donc à notre deuxième partie, la liberté et le libertinage de Dom Juan. Le libertinage de l’époque comporte en fait trois catégories de libertinage; d’abord le libertinage religieux : l’impiété, la non-croyance, le scepticisme, rejet du christianisme, le blasphème. Ensuite le libertinage des mœurs : plaisirs charnels, libre de passer au dessus des règles de fidélité; puis enfin le libertinage social : non-respect des valeurs traditionnelles de la société, comme avec la famille (l’obéissance), l’honneur, bienséance.

De nos jours, ce mode de pensée n’est plus autant mal vu, mais à l’époque il était très critiqué par l’Église et le pouvoir Royal (d’ailleurs, dans Don Juan de Tirso de Molina, le Roi bannit Don Juan après ses frasques répétées avec les femmes), bien que très présent dans la haute aristocratie. Les valeurs communes à cette philosophie libertine sont en générale : la liberté individuelle, le refus de l’autorité, l’exercice de la raison critique et le refus de l’irrationnel, mode de pensée semblable à celui de l’épicurisme, mépris pour les gens ordinaires (élitisme), emploi de l’ironie très présente.

 

Les caractéristiques du libertinage et la philosophie libertine citées ci-dessus correspondent exactement au comportement de Don Juan, que ce soit celui de Molière ou celui de Tirso de Molina. Nous pouvons citer un exemple de chaque catégories citées ci-dessus :

 

Libertinage religieux :

- Molière, Acte III, scène 2, Don Juan à le Pauvre :

«Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins. Ah ! Ah ! Je m’en vais te donner un louis d’or tout à l’heure, pourvu que tu veuilles jurer.»

- Molière, Acte V, scène 1 : Don Juan fait semblant de se repentir, il fait l’hypocrite (emploi de l’ironie).

- Tirso de Molina, acte I, scène 16 :

«Tisbea : Prends garde, mon amour : Dieu et la mort ne sont pas que des mots !

Don Juan, à part : Nous verrons bien… (Haut.) Tant que Dieu me prête vie, je veux être ton esclave. Voici ma main et ma foi»

Il n’a aucune foi, donc quand il dit «voici ma main et ma foi», cela n’est surtout pas une phrase d’engagement pour lui.

 

Libertinage des mœurs :

- Molière, acte II, scène 2 : Don Juan séduit Charlotte et empêche son mariage avec Pierrot, son promis.

- Tirso de Molina, acte I, scène 16, séduction de Tisbea. Il arrive à lui faire prendre le risque de perdre son honneur en dehors des liens du mariage en lui promettant ce dernier.

- Tirso de Molina, acte III, scène 8, séduction d’Aminta. Il l’appâte avec sa richesse et sa position sociale pour parvenir à la séduire et au finale à la parjurer, il lui fait même annuler ses fiançailles avec son époux, tout en lui promettant encore une fois de l’épouser.

 

Libertinage sociale :

- Tirso de Molina, acte III, scène 13 :

«Catalinon : De laquelle de vos victimes se moquent-ils ainsi, maître ?

Don Juan : Je me moque de toutes, mon ami. A Naples, avec Isabella…»

Il n’a pas le sens de l’honneur.

- Tirso de Molina, acte I, scène 3, Don Juan se révèle à son oncle Don Pedro quand celui-ci les surprend tous les deux. Il fait semblant de se repentir et c’est ainsi que Don Pedro le laisse partir, attendri et prit de pitié.

- Molière, acte IV, scène 4, Dom Louis vient faire des remontrances à Dom Juan. Scène 5, réplique de Dom Juan à l’intention de son père :

«Dom Juan. – Eh ! Mourez le plus tôt que vous pourrez, c’est le mieux que vous puissiez faire. Il faut que chacun ait son tour, et j’enrage de voir des pères qui vivent autant que leurs fils.»

Ces deux derniers exemples nous montre qu’il n’hésite pas non seulement à duper sa famille, mais également à aller jusqu’à l’insulte à l’intention de son père chez Molière.

 

Don Juan de Tirso de Molina comme de Molière est justement une critique de ce comportement, de ce libertinage, il tourne ce mode de vie excessif de façon ridicule et pathétique. Il se moque de l’aristocratie, surtout des femmes qui se laissent berner. Don Juan nous apparaît comme capricieux et borné, malgré le fait qu’il puisse être admiré pour sa ruse et sa capacité à se sortir de n’importe quelle situation dangereuse. On voit également là une critique de la société de l’époque à travers le personnage de Don Juan, il envoie au diable la religion et le pouvoir Royal et n’en fait qu’à sa tête.

 

Don Juan, chez Molière et Tirso de Molina, est donc un personnage qui est au dessus de toutes règles, il se place lui-même au dessus des lois. Il ne fait que ce qu’il veut, et quand son valet essaye de le freiner, il ne l’écoute pas et n’en fait qu’à sa tête. Ni le Roi, ni son père (chez Molière) ou son oncle (chez Tirso de Molina) n’arrivent à l’arrêter. C’est un esprit indomptable et inépuisable.

 

Sa manière de séduire toutes femmes se trouvant sur son chemin, qu’elles soient nobles ou paysannes, (il ne fait bien sûr pas fi des classes sociales quand il s’agit des plaisirs charnels), est une façon de défier les règles. Il se contente de vivre sans se soucier des conséquences, ce qui est à la fois très mal vu mais aussi très égoïste de sa part :

 

Dans Tirso de Molina, acte III :

 

Il s’enfuit du village de bord de mer après avoir séduit Tisbea qui se jette a la mer de désespoir. Son honneur lui importe peu malgré le fait que l’histoire se passe à une époque où l’honneur était très important et comptait plus que tout (surtout pour les femmes, une femme sans honneur était en disgrâce et avait moins de chances de trouver un mari).

 

C’est notamment le Roi dans Don Juan de Tirso de Molina, acte III, scène 16, qui choisira à la fin qui se mariera avec qui : «Non. On ne peut demander au duc de réparer le tort causé par son rival. Dona Ana a prié la Reine d’obtenir le pardon du marquis de la Mota, car elle souhaite un mari, et ce serait un moyen de le trouver. Vous irez donc parler discrètement au marquis, dans son fort de Triana. Par estime pour lui et par affection pour sa malheureuse cousine, je lui pardonne.».

 

Ce dernier discours nous montre l’importe de l’honneur à l’époque, c’est un parfait exemple. Une femme sans honneur ne pouvait aspirer au mariage, du moins à un mariage convenable.

 

Don Juan, comme dit plus haut, est donc un grand blasphémateur, les superstitions et autres croyances non pas leurs places dans la vie bien remplie de ce dernier. Par exemple, acte III, scene 2, dans la version de Molière, il dit au pauvre : «Je m’en vais te donner un louis d’or tout à l’heure, pourvu que tu veuilles jurer.». Acte III, scène 1, nous avons là encore un blasphème prononcé par Don Juan : «Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.». Il ne croit donc pas en Dieu mais à la science, c’est un hérétique, il renie l’existence de l’être suprême et croie aux valeurs, aux idées rationnelles.

 

Don Juan assume pleinement le fait d’être un libertin, notamment quand il dit dans la version de Tirso de Molina : Acte III, scène 6 – «J’ai tout mon temps. Trompons encore…» ; Acte III, scène 8 – «Don Juan, à part. – Tu connais mal le trompeur de Séville…». Il ne se cache pas, et même au contraire, veille à bien entretenir sa réputation. Il aime son mode de vie et n’en a pas honte, il ne se le laisse pas reprocher et n’hésite pas à hausser le ton sur n’importe quelle personne osant lui faire des reproches.

 

C’est un homme entièrement libre de ses mouvements, il fait ce que bon lui semble, partant tout le temps dans des destinations différentes, échappant ainsi à Done Elvire dans la version de Molière, allant ainsi aux noces d’Aminta dans la version de Tirso de Molina, etc.

 

Peu lui importe guère son honneur, comme nous pouvons le voir dans Tirso de Molina, acte I, scène 16 :

«Don Juan : Ô mon bien, si je vis en toi, je suis prêt à m’engager sur l’honneur : si, pour te servir, il me faut perdre la vie, j’en ferai volontiers l’abandon. Je te promets de t’épouser.»

Il jure, ici, sur son honneur qu’il l’épousera, il sait très bien que c’est un mensonge, son honneur n’a pas d’importance.

 

Don Juan est un conquérant mais il ne va pas au bout des choses, il est lâche face aux responsabilités aussi bien lorsqu’il s’agit des femmes que de la famille ou la religion. Cependant, il fait quand même preuve d’un certain courage chez Tirso de Molina comme chez Molière quand il affronte jusqu’au bout la statue du Gouverneur à la toute fin. Même s’il ne pense pas mourir, il éprouve quand même une certaine peur devant la statue qui ne l’empêche pas de la suivre jusqu’au bout, pour qu’on ne puisse pas dire qu’il ne manquait pas de courage. Il a une vision de l’honneur propre à lui-même, il s’en fait plus de sa réputation que d’être réellement courageux. Il n’est comme son valet, Sganarelle pour Molière, et Catalinon (le lâche) pour Tirso de Molina.

 

Don Juan s’adonne à un libertinage que l’on qualifie de quête égoïste et perpétuelle du plaisir, un égarement du cœur et de l’esprit et un rejets de valeurs moral de ce temps (la religion), la séduction y est un art complexe. Malheureusement, dans les deux versions, les deux auteurs, croyants, montre que l’on ne peut pas pécher sans être rappeler a l’ordre, comme le dit Don Gonzalo dans la version de Tirso de Molina : «Telle est la justice de dieu : chacun paiera selon ses actes.».

 

Comme conclusion de cette deuxième partie, nous dirons donc que Don Juan est un véritable libertin. Il ne croit qu’en la science, renie Dieu, enchaîne les conquêtes sans penser aux conséquences qu’il pourrait y avoir sur la vie de jeunes femmes innocentes. Il ne se préoccupe guère des lois, n’en fait qu’à sa tête, il est égoïste. Il n’est pas obéissant ni dévoué à sa famille, il ne respecte que lui-même, méprisant les autres. Cependant, il est également courageux, mais plus pour sa réputation que véritablement pour lui-même.

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Conclusion

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(acteur interprétant Don Juan à la Comédie Française)

Le personnage de Don Juan est connu mondialement, on emploie même couramment l’expression « être un Don Juan». On peut donc se poser la question : Pourquoi est-il devenu si célèbre ? Comment se fait-il qu’il ait fasciné tant de personnes ? Il ne séduit pas seulement par son physique, après tout il n’est jamais décrit ni chez Tirso de Molina ni chez Molière (bien que dans la pièce de théâtre de Don Juan que nous avons pu voir interprétée à la Comédie Française, l’acteur n’est pas banal et même séduisant par son physique). Non, dans la version originale ainsi que dans celle de Molière, il séduit surtout par son jeu de langage, par sa manière de parler, d’être. Les femmes ne peuvent lui résister, qu’elles soient vieilles, jeunes, nobles, paysannes, il les soumet toutes à sa volonté.

Peut-être est-ce le fait qu’il soit libre et qu’il n’en fasse qu’à sa tête qui attire la fascination des lecteurs. On l’envie, on finit par vouloir nous aussi vivre au-dessus des lois. Son mode de vie n’est pas commun, ni banale. Je ne dis pas qu’il est apprécié, mais il est autre, il sort de l’ordinaire. Le lecteur, peu importe l’époque, qui lui se plie aux lois, vit une vie commune, ne fait pas grand chose d’extraordinaire, se met tout d’un coup à l’envier, à vouloir vivre dans le péché, de faire quelque chose d’excitant et de n’en faire qu’à sa tête.

Ce personnage qu’est Don Juan, car oui, finalement ce n’est qu’un personnage et non une personne réelle, est devenu un mythe car il répondait aux besoins des personnes. Il fait rêver, nous éloigne d’une existence morne et sans véritables péripéties affolantes. On vit les aventures avec lui, même si on désapprouve.

Ce n’est pas tant un besoin d’identification qu’on attendait, mais plutôt un besoin de s’échapper de la réalité pour aller vivre, pour une fois, dans le péché, le mauvais chemin.

Sa liberté attire les lecteurs irrésistiblement, même si, je me répète, certains désapprouvent. C’est surtout du point de vu religieux que l’on peut désapprouver cette œuvre, un croyant de l’époque lisant cette pièce, que ce soit celle de Tirso de Molina ou encore celle de Molière, n’approuvera sûrement pas sa non-croyance et son irrespect de la religion.

Don Juan est donc devenu un mythe non seulement grâce à sa séduction, son charme physique comme mental, mais également et surtout grâce à sa liberté. Sa liberté de penser, de vivre comme il l’entend, de ne faire que ce qu’il veut. Son égoïsme est enviée (enviée mais non répétée, attention), le lecteur finit quasiment par se demander : Pourquoi ne ferai-je pas pareil ? Sans le faire toutefois, certes. Mais il le vit quand même à travers Don Juan.

Tirso de Molina, en créeant ce personnage, a enfin identifié ce qu’était le libertinage de l’époque. Il a mit un nom sur ce mode de vie, un symbole. Pour ceux qui n’approuvaient pas ce mode de vie, ou qui avaient un mode de vie morne et commun, ils avaient enfin quelqu’un à haïr, à jalouser. Pour ceux, au contraire, qui vivaient ainsi ou qui étaient plus ouverts d’esprit, qui se lassaient des lois de cette société, ils pouvaient enfin exprimer leur admiration, ou juste s’échapper le temps d’une lecture.

Aujourd’hui, Don Juan a même une expression à son nom, «être un Don Juan», «c’est un Don Juan». Nous avons fait un sondage dans notre classe pour savoir qui connaissait cette expression et quelle personne célèbre pourrait être considéré comme un Don Juan moderne. Résultat : Tous les élèves de notre classe connaissent l’expression, et nous avons eu comme exemple de Don Juan moderne plusieurs célébrités : George Clooney, Leonardo di Caprio, Che Guevera, Taylor Lautner, Mickael Jackson et Brad Pitt.

Don Juan est donc devenu un symbole, aimé et haï, jalousé et admiré. Il est devenu un mythe mondialement connu, traversant plusieurs époques et sociétés. C’est un personnage légendaire que tout le monde connaît.

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Bibliographie

NON AU PLAGIAT

 

Bibliographie

 


Sites internet :

- fr.wikipedia.org/wiki/Don_ Juan

- Don Juan encyclopedia universalis

 

Livres :

 

- Tirso De Molina Don Juan ou le festin de pierre (edition complexe)

- Don Juan de Molière (edition complexe, le livre de poche, hatier)

 

Journal :

 

- Le monde => numéro 45 d’octobre 2004

 

Théâtre :

 

- Comédie Française

 

Dictionnaires :

 

- Le Petit Robert.

- Le Petit Robert des noms propres.

- Larousse.

- Dictionnaire des synonymes.

- Dictionnaire des mythes littéraires.

 

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